Les inégalités économiques nuisent au bien-être des enfants dans les pays les plus riches du monde
FLORENCE/LUXEMBOURG, le 12 mai 2026 – Les inégalités économiques dans les pays riches sont liées à une moins bonne santé physique, à un bien-être mental plus fragile et à de moins bons résultats scolaires chez les enfants, selon une nouvelle analyse publiée aujourd’hui par le Centre de Recherche Innocenti de l’UNICEF dans son rapport : Des chances inégales – Les enfants et les inégalités économiques.
Le rapport examine les liens entre les inégalités économiques et le bien-être des enfants dans 44 pays membres de l’OCDE et/ou à revenu élevé. Il montre que, dans la majorité de ces pays, les inégalités de revenus et la pauvreté infantile restent obstinément élevées.
« L’inégalité affecte profondément la façon dont les enfants apprennent, ce qu’ils mangent et comment ils ressentent la vie », a déclaré Bo Viktor Nylund, directeur de l’UNICEF Innocenti. « Pour limiter les pires impacts des inégalités, nous devons d’urgence investir davantage dans la santé, la nutrition et l’éducation des enfants des communautés les plus défavorisées. »
Les inégalités ont des conséquences pour les enfants
Selon le rapport, les enfants vivant dans les sociétés les plus inégalitaires sont 1,7 fois plus susceptibles d’être en surpoids que ceux vivant dans les sociétés les plus égalitaires.
Le rapport établit, entre autres, un lien entre inégalités économiques et performance éducative. Il note que les pays avec des écarts plus larges entre riches et pauvres ont tendance à avoir globalement de faibles résultats académiques. Les enfants des pays les plus inégalitaires ont 65 % de chances de quitter l’école sans une maîtrise de base en lecture et en mathématiques, contre 40 % pour les enfants des pays les plus égalitaires.
Le rapport retrace les nombreux parcours par lesquels les inégalités économiques se traduisent par de moins bons résultats pour les enfants défavorisés. Les inégalités économiques façonnent les inégalités dans le monde autour de l’enfant (foyer, quartier et ressources scolaires) et dans le monde de l’enfant (relations et activités).
Les enfants vivant dans des contextes économiquement défavorisés ont tendance, en moyenne, à avoir accès à moins de ressources et à des ressources de moins bonne qualité à la maison, dans leur quartier et à l’école. Cela inclut, par exemple, des logements de moins bonne qualité, une insécurité alimentaire accrue, des services locaux de moindre qualité y compris les écoles, et des niveaux plus élevés de problèmes environnementaux tels que la pollution.
Il existe également des différences tangibles dans leur vie quotidienne comme des régimes alimentaires de moindre qualité ou un niveau d’exercice physique plus faible.
La voix des enfants
Les enfants interrogés dans le cadre du rapport décrivent également un sentiment d’exclusion lié à la pauvreté, aux discriminations ou au manque de moyens pour participer pleinement à la vie sociale et scolaire.
En plus d’identifier ces inégalités, les enfants ont également nommé la diversité des systèmes et des contextes dans lesquels elles sont enracinées, y compris le système éducatif, le gouvernement et les politiques publiques. Ils ont également proposé des solutions pour lutter contre ces inégalités, par exemple :
« Donner aux enfants le droit de vote et plus d’argent pour l’aide sociale aux enfants » – Enfant en Suisse.
Les recommandations de l’UNICEF
L’UNICEF appelle les gouvernements et les parties prenantes à agir pour réduire l’impact des inégalités sur le bien-être des enfants, en particulier en réduisant la pauvreté des enfants, notamment en :
- améliorant les filets de sécurité, y compris les prestations pour les enfants et les familles ainsi que les salaires minimums, afin de garantir qu’aucun enfant ne grandisse dans la pauvreté ;
- mettant en place des politiques du marché du travail garantissant des salaires adéquats, de bonnes conditions de travail et un congé parental adéquat ;
- garantissant un accès abordable et de qualité aux services de la petite enfance ;
- investissant dans les logements abordables, les infrastructures publiques, comme les espaces verts et les loisirs, et les services de proximité ;
- réduisant les inégalités dans l’éducation en veillant à ce que toutes les écoles disposent des ressources nécessaires, en personnel et en équipement, indépendamment du contexte socio-économique des élèves ;
- garantissant un accès équitable aux services essentiels pour tous les enfants, tout en luttant contre les barrières d’accès, la stigmatisation et les discriminations qui touchent de nombreuses familles ;
- engageant les enfants pour mieux comprendre leur point de vue sur l’impact des inégalités sur eux et leurs familles, et pour développer des solutions favorisant leur bien-être ;
- améliorant les données et la surveillance. Même dans les pays disposant de ressources substantielles, les données manquent encore sur de nombreux aspects du bien-être.
Le Luxembourg également concerné
Même si le rapport ne permet pas d’établir un classement global du Luxembourg en raison de données internationales comparables manquantes, plusieurs indicateurs montrent que les inégalités économiques et la pauvreté infantile restent des enjeux importants pour le pays.
Selon les données, disponibles pour le pays, reprises dans le rapport :
- environ 24 % des enfants au Luxembourg vivent sous le seuil de risque de pauvreté ;
- les inégalités de revenus ont augmenté entre 2012 et 2022. Le ratio P80/P20 est passé de 4,1 à 4,5 sur cette période. Cette mesure permet d’évaluer l’écart entre les revenus plus élevés et plus modestes au sein d’un pays.
Le Luxembourg reste toutefois absent de plusieurs comparaisons internationales du rapport, notamment sur le bien-être mental, les compétences sociales et les performances académiques des enfants, faute de données comparables issues de l’étude PISA 2022.
UNICEF Luxembourg rappelle, par ailleurs, avoir publié en 2025 le rapport « Age Spending and Child Poverty in Luxembourg », proposant des recommandations pour lutter contre la pauvreté des enfants. Une version simplifiée est accessible en suivant le lien Résumé du rapport Age Spending and Child Poverty in Luxembourg.
L’organisation poursuit également son engagement en faveur de la santé mentale des jeunes à travers l’initiative NetEleng, qui vise à sensibiliser, informer et orienter les jeunes confrontés à des difficultés psychologiques.
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Notes aux rédactions
Le Rapport Innocenti 20 de l’UNICEF, Des chances inégales – Les enfants et les inégalités économiques, analyse l’impact potentiel des inégalités économiques sur la vie des enfants dans 44 pays à revenu élevé et/ou membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Certains indicateurs du rapport ne couvrent toutefois pas l’ensemble des 44 pays.
Les données relatives aux inégalités de revenus reposent sur le ratio P80/P20, qui compare les niveaux de revenus situés parmi les plus élevés et les plus modestes au sein de la distribution des revenus. Ces données proviennent de la base de données de l’OCDE sur les inégalités, d’Eurostat et de calculs de l’UNICEF.
Les données sur la pauvreté infantile se basent sur la proportion d’enfants âgés de 0 à 17 ans vivant dans des ménages dont le revenu disponible équivalent est inférieur à 60 % du revenu médian national. Elles proviennent d’Eurostat EU SILC, de la base de données de l’OCDE sur la distribution des revenus ainsi que des instituts nationaux de statistique.
Le rapport analyse également trois grandes dimensions du bien être des enfants :
- le bien être mental, mesuré à travers la satisfaction de vie des adolescents (OCDE PISA 2022) et les taux de suicide chez les adolescents (base de données de mortalité de l’OMS) ;
- la santé physique, mesurée à travers la mortalité infantile (UN IGME 2024) ainsi que le surpoids et l’obésité (NCD RisC) ;
- les compétences, évaluées à travers les performances académiques et les compétences sociales des adolescents (OCDE PISA 2022).
Le rapport actualise également un classement comparatif portant sur 37 pays de l’OCDE et/ou à revenu élevé selon les résultats obtenus en matière de santé physique, de bien être mental et de compétences des enfants. Les Pays Bas, le Danemark et la France occupent les premières places du classement.
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